La migraine, bien plus qu'un mal de tête
À l'occasion de la Migraine Awareness Week, faisons le point sur cette maladie neurologique fréquente, parfois très invalidante, mais pour laquelle les possibilités de traitement ont considérablement évolué ces dernières années.
Qu'est-ce qu'une migraine ?
La migraine n'est pas simplement un « gros mal de tête ». Il s'agit d'une maladie neurologique caractérisée par des crises pouvant durer de quelques heures à plusieurs jours. La douleur est souvent pulsatile, parfois située d'un seul côté de la tête, et peut être aggravée par l'activité physique. Elle s'accompagne fréquemment de nausées et d'une sensibilité accrue à la lumière, au bruit ou aux odeurs. Chez certaines personnes, la crise est précédée ou accompagnée d'une aura : troubles visuels, fourmillements, difficultés à trouver ses mots ou autres symptômes neurologiques transitoires. Lorsque les maux de tête deviennent très fréquents, avec au moins 15 jours de céphalées par mois, dont au moins 8 présentant des caractéristiques migraineuses, on parle de migraine chronique.
Des traitements adaptés à chaque patient
La prise en charge de la migraine comporte deux grands volets. Le traitement de la crise vise à interrompre ou diminuer une crise lorsqu'elle survient. Selon les patients, il peut notamment faire appel au paracétamol, aux anti-inflammatoires ou aux triptans. Lorsque les crises sont fréquentes ou particulièrement invalidantes, un traitement préventif, appelé aussi traitement de fond, peut être proposé. Pris régulièrement, son objectif est de diminuer la fréquence et l'intensité des crises. Plusieurs médicaments traditionnellement utilisés en Belgique peuvent remplir ce rôle : certains bêtabloquants, le topiramate, l'amitriptyline ou encore le candésartan, entre autres.
Et lorsque les traitements habituels ne suffisent pas ?
Chez certains patients, plusieurs traitements correctement conduits ne permettent malheureusement pas de contrôler suffisamment la maladie. On peut alors parler, selon des critères précis, de migraine résistante ou réfractaire. Ces dernières années ont profondément modifié les possibilités thérapeutiques offertes à ces patients.
Les traitements ciblant le CGRP, une molécule jouant un rôle important dans les mécanismes de la migraine, constituent l'une des avancées majeures. Il existe aujourd'hui des anticorps dirigés contre le CGRP ou son récepteur, administrés par injection, mais également des traitements oraux appelés gépants. Pour certains patients souffrant de migraine chronique, des injections de toxine botulique (Botox®) réalisées selon un protocole précis au niveau de différents muscles de la tête et du cou constituent également une option préventive.
En Belgique, l'accès et le remboursement de ces traitements répondent à des critères spécifiques et sont évalués par le neurologue en fonction de l'histoire de chaque patient.
Aquipta® : désormais également pour traiter la crise
L'atogépant (Aquipta®) est un médicament oral qui bloque le récepteur du CGRP. Il était jusqu'ici utilisé comme traitement préventif de la migraine. Une nouvelle indication vient élargir son utilisation : Aquipta® peut désormais également être utilisé pour traiter une crise migraineuse en cours chez l'adulte, avec ou sans aura. Cette évolution est particulièrement intéressante pour certains patients chez lesquels les traitements habituels de la crise, notamment les triptans, ne sont pas suffisamment efficaces, sont mal tolérés ou ne peuvent pas être utilisés.
Et demain ? Une nouvelle piste venue de la neuroradiologie interventionnelle
La recherche continue également pour les patients souffrant des formes les plus difficiles à traiter. Une piste particulièrement innovante est actuellement étudiée : l'embolisation de l'artère méningée moyenne. Cette artère vascularise notamment les méninges, enveloppes du cerveau qui sont richement innervées et participent aux mécanismes des céphalées. La procédure consiste, par l'intermédiaire d'un petit cathéter introduit dans une artère, à atteindre puis à occlure certaines branches de l'artère méningée moyenne.
Les premières petites études réalisées chez des patients souffrant de céphalées chroniques réfractaires rapportent des résultats encourageants, avec chez certains patients une diminution importante du nombre de jours de céphalées. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : il s'agit encore d'une approche en cours d’évaluation, dont l'efficacité et la sécurité doivent maintenant être confirmées dans des études de plus grande ampleur.
Au sein de l'H.U.B la collaboration entre notre équipe spécialisée dans les céphalées et l'équipe de neuroradiologues interventionnels (Dr Guenego, Dr Bonnet, Dr Boustia, Dr Docquier et Pr Lubicz), nous permettra d'explorer cette nouvelle approche et d'évaluer, dans un cadre approprié et chez des patients rigoureusement sélectionnés, la place qu'elle pourrait prendre dans la prise en charge des céphalées chroniques réfractaires.
Un message à retenirLa migraine est une maladie neurologique à part entière et peut avoir un retentissement considérable sur la vie familiale, sociale et professionnelle. Mais souffrir de migraines fréquentes ne signifie pas qu'il n'existe plus de solution. Des traitements classiques aux thérapies ciblant le CGRP, en passant par la toxine botulique et les nouvelles pistes actuellement étudiées, les possibilités thérapeutiques sont aujourd'hui plus nombreuses que jamais. L'objectif reste le même : trouver, pour chaque patient, la stratégie permettant de réduire au maximum l'impact de la migraine sur sa vie quotidienne. |