Deux nouveaux outils pour mieux comprendre les troubles cognitifs
À l'occasion de la Journée mondiale de la maladie d'Alzheimer, la Clinique Intégrée de la Mémoire met en lumière deux nouveautés récemment introduites dans sa pratique et ses projets de recherche.
À l'occasion de la Journée mondiale de la maladie d'Alzheimer, notre Clinique Intégrée de la Mémoire met en lumière deux nouveautés récemment introduites dans notre pratique et nos projets de recherche. Elles illustrent une évolution importante dans notre compréhension des maladies neurodégénératives : derrière des symptômes parfois similaires peuvent se cacher des mécanismes biologiques différents… et parfois plusieurs mécanismes associés chez une même personne.
Une prise de sang pour rechercher les signes biologiques de la maladie d'Alzheimer
Nous pouvons désormais mesurer dans le sang une protéine appelée pTau217 grâce au travail du LHUB et de la Prof. Fleur Wolff.
Son augmentation est étroitement associée aux modifications cérébrales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, en particulier à la présence d'une pathologie amyloïde (maladie due à une accumulation anormale de protéines dans les organes). Les performances de ce biomarqueur sanguin ont considérablement progressé ces dernières années, au point qu'il occupe aujourd'hui une place croissante dans les recommandations internationales.
L'intérêt pour les patients est important : une simple prise de sang peut, dans certaines situations, apporter une information qui nécessitait auparavant une ponction lombaire ou un examen d'imagerie spécialisé.
Mais attention : il ne s'agit pas d'un test de dépistage de la maladie d'Alzheimer dans la population générale.
Le dosage de pTau217 est un examen spécialisé, réalisé chez des patients présentant des troubles cognitifs et après une première évaluation médicale. Il vient compléter les informations apportées par l'entretien avec le patient, les tests cognitifs et, selon les situations, l'imagerie cérébrale.
Lorsque l'ensemble de ces éléments suggère déjà fortement et spécifiquement une maladie d'Alzheimer, la pTau217 peut ainsi apporter la pièce supplémentaire qui renforce le diagnostic, tout en permettant parfois d'éviter une ponction lombaire. Il est en effet compliqué de poser un diagnostic simplement sur cet examen isolé. Notons toutefois que pour les autres maladies neurodégénératives, la pTau217 ne donne pas les informations que l’analyse du liquide céphalorachidien via la ponction lombaire donne.
En quelque sorte, la cerise sur le gâteau diagnostique…
Et si plusieurs maladies se cachaient derrière les mêmes symptômes ?
Une deuxième nouveauté concerne une protéine appelée alpha-synucléine. Avec le soutien de Lewy.be, et en collaboration avec la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies et M. Jean-Louis Bayart, nous avons débuté l'analyse de l'alpha-synucléine dans le liquide céphalorachidien. L'alpha-synucléine est une protéine naturellement présente dans le cerveau. Dans certaines maladies, elle adopte une forme anormale et s'accumule progressivement dans les cellules nerveuses. Ces maladies sont appelées synucléinopathies. Elles comprennent notamment la maladie de Parkinson et troubles anormaux et la maladie à corps de Lewy.
Les nouvelles techniques permettent de rechercher dans le liquide céphalorachidien la présence de formes anormales d'alpha-synucléine capables de s'agréger. Cet examen est actuellement surtout utilisé dans un contexte de recherche et son résultat doit toujours être interprété avec les autres données cliniques et paracliniques. Pourquoi nous intéresse-t-il autant ? Parce que notre vision des maladies neurodégénératives est en train de changer.
Nous avons longtemps eu tendance à considérer la maladie d'Alzheimer, la maladie à corps de Lewy ou d'autres maladies neurodégénératives comme des entités bien séparées. Nous savons aujourd'hui que plusieurs processus pathologiques peuvent coexister dans le cerveau d'une même personne.
Ainsi, les études réalisées sur le cerveau après le décès et les nouvelles études utilisant les biomarqueurs suggèrent qu'environ un tiers des patients atteints d'une maladie d'Alzheimer présentent également une pathologie liée à l'alpha-synucléine. Autrement dit, chez certains patients, la question n'est peut-être pas simplement : « Est-ce une maladie d'Alzheimer ou une maladie à corps de Lewy ? » mais plutôt : « Est-on face à une co-pathologie chez ce patient ? ». Identifier ces différentes composantes pourrait à l'avenir nous aider à mieux comprendre les symptômes de chaque patient, leur évolution et, nous l'espérons, à proposer des prises en charge toujours plus personnalisées.
Vers une neurologie de plus en plus précise
Ces deux nouveautés poursuivent finalement un même objectif : aller au-delà des symptômes pour mieux comprendre les mécanismes biologiques responsables des troubles cognitifs chez chaque patient. Une prise de sang qui peut parfois éviter une ponction lombaire. Une analyse du liquide céphalorachidien qui nous aide à révéler des pathologies jusque-là difficiles à identifier du vivant du patient. Deux avancées différentes, mais une même direction : un diagnostic plus précis, moins invasif et davantage personnalisé