Vieillir en santé : comment la gériatrie ouvre un nouveau chapitre de vie

Et si on changeait de regard sur la gériatrie ? Souvent perçue comme un lieu d’attente, de renoncement, de fin de parcours, elle est, en réalité, une spécialité qui vise à assurer le “bien vieillir” de nos seniors. Découvrez l'interview du Dr. Pierre Hanotier.

Accompagner des continuités de vie

Interview du Dr. Pierre Hanotier, Directeur du Service de Gériatrie de l’H.U.B

À l’hôpital, la gériatrie est souvent mal comprise. On l’imagine comme un lieu d’attente, de renoncement, de fin de parcours. La réalité est tout autre : la gériatrie accompagne, soutient, répare, guide. Et elle aide surtout à assurer le “bien vieillir” des patients en prévenant les fragilités pour préserver ce qui compte : l’autonomie, la qualité de vie et la possibilité de continuer à être soi.

Dans le couloir du Service de Gériatrie, une femme de 75 ans avance, concentrée, soutenue par une kinésithérapeute. Son pas est hésitant, mais le regard est fier : elle réapprend à marcher après une hospitalisation. Dans une salle voisine, un groupe participe à un atelier de mouvement doux : respirer, étirer, retrouver ses appuis. Un peu plus loin, une psychologue discute avec une famille qui cherche des réponses, des repères, du souffle. 

La gériatrie, c’est cela. Un soin patient, collectif, profondément humain.

« Nous n’accompagnons pas des fins de vie, nous accompagnons des continuités de vie », explique Pierre Hanotier. Il résume la mission de la médecine gériatrique en une phrase : « On ne soigne pas seulement des corps qui vieillissent. On aide des personnes à rester vivantes dans leur histoire. ».

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Personne âgée qui réapprend à marcher avec l'aide d'une kinésithérapeute

Accompagner les situations complexes…

Il y a, bien sûr, les situations aiguës : les chutes, les décompensations cardiaques, les pertes soudaines d’autonomie, les troubles cognitifs qui s’installent. Ce sont des moments où tout vacille. Où les familles cherchent à comprendre ce qui arrive. Où les décisions se prennent ensemble, en équipe et dans un dialogue ouvert et transparent.

La force du service, c’est sa pluridisciplinarité : médecins, infirmiers, aide-soignant.e.s, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, assistant.e.s sociales, diététicien.ne.s. Tous s’impliquent dans le suivi des patients. Chacun observe une part du vécu. Ensemble, ils composent une réponse personnalisée, holistique, qui prend soin de la personne, mais aussi de ceux qui l’entourent. 

« Quand une personne âgée tombe malade, c’est souvent toute la famille qui chancelle. Notre rôle est aussi de les soutenir. », rappelle Pierre Hanotier.

… mais aussi accompagner la vie, longtemps

Ce que la gériatrie porte aujourd’hui, c’est une vision nouvelle : le bien vieillir. À travers différents programmes, le service veut proposer des soins personnalisés avec : des bilans réguliers pour anticiper des fragilités potentielles ; l’activité physique pour un renforcement musculaire adapté ; des conseils nutritionnels simples et concrets ; des exercices de stimulation de la mémoire et des fonctions cognitives en général ; des repères pour garder confiance en son corps et en soi. 

Tout cet accompagnement ne vise pas à faire rajeunir les patients, mais à leur permettre de vieillir en bonne santé pour profiter, le plus longtemps possible, de ce que la vie a à leur offrir et qui les rend heureux : marcher, cuisiner, voyager, lire, jouer d’un instrument, peindre, tricoter, conduire, rire, passer du temps avec leurs enfants et petits-enfants.

« Vieillir, ce n’est pas se restreindre. C’est apprendre à prendre soin de soi autrement. », souligne Pierre Hanotier

Un appel à une nouvelle génération de seniors

Il est temps de le dire clairement : la gériatrie n’est pas un lieu où l’on “attend la fin”. C’est une discipline médicale active, attentive, fine, à l’écoute des patients et de leurs proches. Aujourd’hui, les personnes âgées de 75 ans sont encore actives, curieuses, engagées. La gériatrie s’adresse aussi à eux. Nos parents, nos grands-parents, nous-mêmes demain, avons besoin de cette médecine, tout comme un enfant a besoin d’un suivi pédiatrique. Consulter un gériatre avant d’aller mal, c’est comme faire réviser son vélo avant que la chaîne ne casse. C’est intelligent. C’est responsable. C’est prendre soin de sa liberté et de sa qualité de vie.

Conclusion

La vieillesse n’est pas forcément synonyme de déclin. C’est un nouveau chapitre de vie qui s’écrit et qui, s’il est bien préparé, peut être beau, long et puissant. La gériatrie est là pour cela : non pas pour arrêter le temps, mais pour lui donner de la qualité.