Insuffisance hépatique sévère : la transplantation offre une réelle chance de survie

Pour la première fois, une étude prospective internationale de grande ampleur, publiée dans Journal of Hepatology, compare directement le devenir de patients présentant une insuffisance hépatique sévère (Acute-on-Chronic Liver Failure - ACLF) selon qu’ils ont ou non bénéficié d’une transplantation hépatique.

Une différence majeure de survie après transplantation

La cohorte CHANCE rassemble plus de 1.000 patients pris en charge dans 63 centres répartis en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie. Les résultats de l’étude montrent une différence spectaculaire entre les patients transplantés et ceux qui n’ont pas pu bénéficier d’une transplantation. Chez les patients récusés pour une transplantation, la mortalité à un an atteignait 73 % en cas d’ACLF-2 et 88 % en cas d’ACLF-3 (stade sévère). 

Chez les patients présentant une sévérité comparable mais ayant bénéficié d’une transplantation hépatique, cette mortalité était respectivement de 10,5 % et 20,7 %. Ces résultats montrent que, même chez des patients atteints d’une cirrhose très avancée, présentant plusieurs défaillances d’organes et pouvant nécessiter des traitements de suppléance ou une assistance vitale, la transplantation peut offrir une réelle perspective de survie à long terme.

« Les données de CHANCE montrent que la sévérité de l’ACLF ne doit pas, à elle seule, conduire à considérer la transplantation comme futile. Pour une grande majorité de ces patients, lorsqu’une transplantation peut être réalisée dans des conditions appropriées et au bon moment, elle peut transformer un pronostic extrêmement sombre en une véritable chance de survie », explique le Pr Thierry Gustot, Directeur du Service de Transplantation de l’H.U.B et investigateur principal de l’étude CHANCE.

Repenser la transplantation face à l’ACLF sévère

Jusqu’à présent, les connaissances sur la transplantation chez les patients présentant une ACLF sévère reposaient principalement sur des études analysant des données recueillies dans un nombre limité de centres, parfois au sein d’un seul hôpital ou d’une seule région. Ces travaux apportaient des informations précieuses, mais portaient sur des groupes de patients relativement restreints et sélectionnés dans des contextes spécifiques, ce qui pouvait limiter la portée de leurs résultats. L’étude CHANCE apporte une nouvelle perspective grâce à son caractère prospectif, international et multicentrique. 

L’étude identifie toutefois une limite importante : chez les patients présentant cinq ou six défaillances d’organes, les résultats après transplantation restent nettement moins favorables. Ces données invitent donc à une sélection particulièrement rigoureuse des patients dans cette situation extrême. L’enjeu est ainsi de mieux identifier, parmi les patients les plus sévèrement atteints, ceux qui peuvent encore tirer un bénéfice majeur d’une transplantation et ceux pour lesquels le risque d’échec reste trop élevé.

Une infrastructure internationale pour poursuivre la recherche

L’ambition de l’étude CHANCE dépasse les résultats de cette première publication. L’étude repose à la fois sur un suivi détaillé de l’évolution des patients et sur une biobanque regroupant des échantillons prélevés au cours de leur prise en charge : sang, plasma, urine et ADN. Cette infrastructure mise en place dans les 63 centres participants à travers le monde, et ce grâce au soutien de la European Foundation for Chronic Liver Failure (EF-Clif), constitue une ressource scientifique unique pour mieux comprendre les mécanismes de l’ACLF, identifier les facteurs associés à la réponse à la transplantation et, à terme, améliorer la sélection et la prise en charge des patients.

« CHANCE ne représente pas uniquement une étude clinique. Nous avons construit une cohorte et une biobanque internationales qui permettront d’explorer de nouvelles questions dans les années à venir : pourquoi certains patients récupèrent-ils après transplantation alors que d’autres évoluent défavorablement ? Quels marqueurs pourraient nous aider à mieux sélectionner les candidats ? Et comment pouvons-nous intervenir plus tôt ? », souligne le Pr Gustot.

À propos de la Clinique d'Hépatologie Médicale et de Transplantation Hépatique de l'H.U.B

La clinique d’Hépatologie et la clinique médicale de transplantation hépatique prennent en charge l’ensemble patients présentant une affection hépatique aiguë ou chronique, fréquente ou rare, dépistent les maladies hépatiques et leur sévérité et prennent en charge les patients candidats à une transplantation hépatique et le suivi post transplantation hépatique.

L’Hôpital Universitaire de Bruxelles est un centre de référence de prise en charge des maladies hépatiques (disposant de l’ensemble de l’expertise et de l’arsenal diagnostique et thérapeutique). Il est un des 6 centres de transplantation hépatique en Belgique.