AVC et tabac : pourquoi arrêter de fumer peut vraiment changer la suite de l’histoire
Lorsqu’un accident vasculaire cérébral (AVC) survient, les causes sont souvent multiples. Mais le tabac, lui, joue un rôle majeur, encore trop souvent minimisé. Découvrez l'interview de Jacques Dumont, tabacologue.
AVC et tabac : un lien encore trop sous-estimé
Lorsqu’un accident vasculaire cérébral (AVC) survient, les causes sont souvent multiples. Mais le tabac, lui, joue un rôle majeur, encore trop souvent minimisé. Selon les estimations, entre 18 et 35 % des AVC sont directement liés au tabagisme. Un chiffre important, qui rappelle à quel point la cigarette agit en profondeur sur les vaisseaux sanguins… et sur le cerveau.
Le tabac contient de nombreuses substances toxiques, comme le monoxyde de carbone. Ces substances abîment la paroi des vaisseaux sanguins, les rendent plus rigides et plus fragiles. En parallèle, fumer épaissit le sang, favorise la formation de caillots et augmente l’agrégation des plaquettes. Résultat : la circulation du sang vers le cerveau devient plus difficile, et le risque de thrombose augmente.
Le tabac favorise aussi l’athérosclérose, c’est-à-dire l’accumulation de plaques de graisse et de calcium dans les artères, qui en réduisent le diamètre et la souplesse. À cela s’ajoutent des spasmes des vaisseaux sanguins, liés notamment à l’augmentation de la tension artérielle provoquée par la nicotine.
Enfin, lorsqu’on fume, le monoxyde de carbone prend la place de l’oxygène dans le sang. Le cerveau, organe extrêmement sensible au manque d’oxygène, est alors moins bien irrigué. Tous ces mécanismes réunis augmentent fortement le risque d’AVC ou d’accident ischémique transitoire (AIT).
Et surtout, ils continuent d’agir après un premier AVC, exposant le patient à un risque élevé d’aggravation ou de récidive s’il continue à fumer.
Arrêter de fumer après un AVC : des bénéfices rapides… et durables
La bonne nouvelle, c’est que les bénéfices de l’arrêt du tabac apparaissent très rapidement, même après un AVC.
Dès les premières heures suivant l’arrêt, l’oxygène circule à nouveau correctement vers les cellules. Les spasmes des vaisseaux sanguins diminuent rapidement : chaque cigarette évitée, c’est une agression de moins pour les artères.
D’autres bénéfices prennent plus de temps, mais ils sont bien réels. La diminution du risque de thrombose, l’amélioration progressive de l’état des artères ou le ralentissement de l’athérosclérose s’observent sur plusieurs semaines ou mois.
Mais le message clé est clair : il n’est jamais trop tard pour arrêter, et chaque jour sans tabac compte pour réduire le risque de récidive.
Fumer moins ou changer de produit : une fausse bonne idée ?
Après un AVC, certains patients envisagent de « fumer moins » ou de se tourner vers d’autres produits. Pourtant, ces stratégies sont rarement efficaces… et parfois trompeuses.
Réduire sa consommation de tabac n’est réellement bénéfique que si la diminution est massive, d’au moins 80 %. En pratique, passer de 20 ou 30 cigarettes par jour à une ou deux est extrêmement difficile à maintenir dans le temps. Et même à faible dose, chaque cigarette provoque des spasmes des vaisseaux sanguins, ce qui reste dangereux après un AVC.
Quant aux alternatives :
- Le tabac chauffé n’est pas autorisé en Belgique.
- La cigarette électronique, bien que moins nocive que la cigarette classique sur certains aspects (notamment l’absence de monoxyde de carbone), n’est pas anodine. Ses effets sur la circulation sanguine restent encore imparfaitement connus et elle n’est pas recommandée dans ce contexte.
Les méthodes qui ont fait la preuve de leur efficacité restent les substituts nicotiniques (patchs, pastilles, gommes) et certains traitements médicamenteux, prescrits et suivis par des professionnels formés, comme les tabacologues.
Stress, poids, découragement : démêler le vrai du faux
Après un AVC, les idées reçues autour du tabac sont fréquentes — et compréhensibles.
Beaucoup de patients ont le sentiment que fumer aide à gérer le stress. En réalité, le tabac est un faux ami : la nicotine augmente les hormones du stress. Ce que l’on prend pour un apaisement est souvent la disparition temporaire du stress du manque. Apprendre à respirer profondément, s’accorder un moment de calme ou d’isolement autrement que par la cigarette permet de retrouver ces sensations… sans les risques.
Autre crainte fréquente : la prise de poids. Elle est effectivement possible, et pas uniquement à cause du grignotage. Le tabac augmente la dépense énergétique : un fumeur brûle environ 300 calories par jour pour 20 cigarettes. À l’arrêt, ce métabolisme change. Mais un accompagnement spécialisé permet très souvent de limiter, voire d’éviter, cette prise de poids.
Enfin, certains pensent qu’arrêter « ne sert plus à rien » après un AVC. C’est faux. Les bénéfices de l’arrêt sont clairement démontrés scientifiquement, notamment pour réduire les risques de récidive et améliorer la qualité de vie.
Le rôle clé de l’entourage et des soignants dans le sevrage tabagique
L’arrêt du tabac est un chemin personnel, mais personne ne devrait l’emprunter seul.
Le rôle des proches
Les proches peuvent jouer un rôle déterminant, à condition d’éviter la culpabilisation, souvent contre-productive. Exprimer ses inquiétudes avec bienveillance, soutenir sans donner de leçons, encourager sans forcer : l’objectif est de renforcer la motivation et l’autonomie de la personne. Le changement doit venir d’elle.
Le rôle des professionnels de santé
Tous les professionnels de santé (neurologues, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes) qui accompagnent le patient dans le cadre du suivi de son AVC sont susceptibles de sensibiliser le patient, entre autres en utilisant l’entretien motivationnel tous peuvent être des relais essentiels. Les médecins généralistes et les tabacologues sont formés afin d’accompagner les patients. …
Informer sans juger, utiliser une approche motivationnelle, proposer un accompagnement adapté au contexte de vie du patient : ces actions simples ont un impact réel sur la réussite du sevrage.
À noter que certaines méthodes alternatives, comme le traitement par laser, ne font pas partie des recommandations scientifiques et ne disposent d’aucune preuve d’efficacité. Elles ne peuvent donc pas être cautionnées dans un cadre hospitalier.
En conclusion
Après un AVC, arrêter de fumer n’est pas seulement une recommandation : c’est une véritable opportunité de protection pour l’avenir. Avec un accompagnement adapté, du soutien et de l’information, cet objectif est atteignable — à tout âge, et à tout moment du parcours de soin.
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